Betulus et Betula

La notice que Gaspard Bauhin consacre au genre betula est une des plus courtes de tout le Pinax. Il rappelle la description de l’allure générale du bouleau et le terme grec qui désigne cet arbre chez Théophraste (σήμυδα). Tout juste le naturaliste bâlois mentionne-t-il deux détails, l’un historique : le nom de betula a quelque chose à voir avec le radical latin qui désigne les verges parce qu’on utilisait le bois de cet arbre à cet effet; l’autre problématique, chez Jérôme Bock qui confond étrangement le bouleau avec le papyrus des anciens. Gaspard Bauhin ne le dit pas, mais le point commun au bouleau et au papyrus est d’avoir fourni des supports pour l’écriture. Cet aspect de la question est d’ailleurs couramment rappelé dans les manuels de bibliologie de la Renaissance, et aussi chez la plupart des naturalistes de la seconde moitié du XVIe siècle. Jacques Daléchamps, par exemple, évoque cet usage du liber de l’arbre dans le chapitre qu’il consacre au bouleau. Il commence, comme c’est toujours le cas dans la littérature botanique de cette époque, par évoquer les problèmes de nomenclature :

Le bouleau ou Bés, s’appelle en latin Betula ou Betulla. Théophraste l’appelle σήμυδα: ceux de Trente Bedollo : les Allemans Birchenbaum: les Italiens Betula et Bettola: les Bohemes Briza. Il croist souvent comme un grand arbre, et fort branchu. Il sort plusieurs verges de ses branches, qui sont aisees à plier de tous costez, et pendent contre terre”

L’erreur de Tragus et l’usage bibliologique du liber apparaissent dès la phrase suivante :

“Sous ceste escorce il y en une petite qui est polie, mince et blanche, en façon de papier, de laquelle anciennement on se servoit pour escrire dessus devant que l’invention de faire le papier feut treuvée. Tragus afferme d’avoir veu à Coira ville des Grisons certains vers escrits sur telle escorce de Bouleau”.

La remarque de Gaspard Bauhin, relativement aux propos de Tragus, renvoie à la nomenclature du naturaliste allemand dont nous donnons ici la version latine, puis française

“Plerique ex doctioribus uno ore eam arborem, quam Germani Birchenbaum vocant, betulam Theophrasti esse asserunt : Ego vero nihil istorum sententiae detrahens, quod ad me attinet Papyri illam speciem esse dicam. Ut vero sic sentiam et forma arboris universa et facultates me admonent. Neque tamen hoc loco eam intelligo papyrum, cuius in historia plantarum lib. III, cap. 9, Theophrastus meminit; qui longitudine super dena cubita non venit”.

“La plupart des plus savants affirment que l’arbre, que les Allemands appellent Birchenbaum, est le bouleau de Théophraste. Pour ma part, cependant, n’écartant aucune de leurs opinions, je dirai que c’est une espèce de papyrus. Pour men persuader, cest toute la forme de l’arbre et ses propriétés qui me le rappellent. Pourtant, en ce lieu, je ne comprends pas qu’il s’agisse du papyrus, que Théophraste mentionne dans l‘histoire des plantes, au lib. 3 chapitre 9, et qui n’excède pas dix coudées de longueur”.

Pour résumer, l’hypothèse de Jérôme Bock est fondée sur la polysémie de papyrus qui renvoie d’un côté à la plante décrite par Théophraste et Pline dans des passages très célèbres et fréquemment commentés à la Renaissance et de l’autre au nom du papier. Du reste, pour cet arbre bien connu de tous, les naturalistes ne manifestent pas grande dissension et ils soulignent tous l’abondance de cet arbre au nord de l’Italie.